Crise alimentaire au Senegal
La FAO : "un gouffre d'argent" à "supprimer"
Abdoulaye Wade n'a pas fait dans la dentelle. Le président du Sénégal a réclamé, dimanche soir, rien moins que la suppression de l'Organisation de l'Onu pour l'agriculture et l'alimentation (FAO).
Alors que son directeur général Jacques Diouf, Sénégalais lui aussi, réclame à cor et à cri de réinvestir dans l'agriculture depuis des mois, le président Wade a imputé à la FAO la responsabilité de la crise alimentaire mondiale, dans une déclaration radio-télévisée relayée par les agences de presse. "La situation actuelle est largement son échec et les cris d'orfraie n'y feront rien.
Cette institution aux activités dupliquées par d'autres, apparemment plus efficaces, est un gouffre d'argent largement dépensé en fonctionnement pour très peu d'opérations efficaces sur le terrain." Le Pr. Jeffrey Sachs, consultant spécial du secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon, n'attaque pas aussi directement la FAO. Mais "il faut un mécanisme direct de financement", a-t-il déclaré lundi à Bruxelles lors d'une visite au Parlement européen.
"L'argent ne doit pas passer par les Nations unies, mais par un mécanisme de financement transparent, quel qu'il soit, où qu'il soit, à Bruxelles, Rome ou ailleurs." Ce qui, selon lui, permettra aux pays donateurs de distribuer "très rapidement" leur aide aux agriculteurs et "être sûrs qu'elle arrive bien", "sinon cette catastrophe va finir par ne plus être contrôlable". "Il faut qu'on arrête ce scénario d'exploitation de la fibre altruiste des populations du Nord et du thème de la misère de celles du Sud, où des distributeurs attitrés de l'aide, ou improvisés pour les besoins de la cause, ont réussi, par un intense lobbying de haut niveau, à s'intercaler entre les ressources et les destinataires et commencent d'abord par se servir largement", a asséné Abdoulaye Wade, dénonçant "certaines ONG goulues". Pour lui comme pour Jeffrey Sachs, la solution à la crise alimentaire passe par l'augmentation de la production agricole locale et les financements en ce sens - ce qui coûte au demeurant dix fois moins cher que d'envoyer de l'aide alimentaire, a déclaré l'Américain. Le continent a surtout besoin d'"investissements innovants" dans l'agriculture, a estimé le Sénégalais, proposant que l'aide alimentaire traditionnelle sous forme de dons, "de l'aumône", soit remplacée par un "investissement innovant dans l'agriculture en Afrique".
S.Vt.