Zimbabwe: reprise des pourparlers pour sauver l'accord de partage du pouvoir
Les leaders politiques du Zimbabwe ont repris mercredi leurs discussions sur un futur gouvernement d'union, sous l'égide du médiateur sud-africain Thabo Mbeki qui tente de sauver leur accord de partage du pouvoir
Les leaders politiques du Zimbabwe ont repris mercredi leurs discussions sur un futur gouvernement d'union, sous l'égide du médiateur sud-africain Thabo Mbeki qui tente de sauver leur accord de partage du pouvoir.
Ponctuel, le leader de l'opposition, Morgan Tsvangirai, est arrivé vers 10H30 (08H30 GMT), dans un hôtel de Harare, où s'était tenu mardi un premier round infructueux de discussions avec le président Robert Mugabe.
Interrogé par les journalistes sur la possibilité de parvenir dans la journée à un accord sur le futur gouvernement d'union nationale, il a répondu: "Espérons. Nous sommes toujours en négociations."
Arrivé, lui, avec près de deux heures de retard, le chef de l'Etat s'est pour sa part dit "très optimiste" sur la conclusion d'un accord mercredi.
Les rivaux avaient signé le 15 septembre, après deux mois d'âpres négociations facilitées par Thabo Mbeki, un pacte qui prévoit que Robert Mugabe reste président et que Morgan Tsvangirai devienne Premier ministre.
Il s'agissait de sortir de la crise née de la défaite du régime aux élections législatives du 29 mars. Elle a été renforcée par la réélection controversée de Robert Mugabe, fin juin, lors d'un scrutin boycotté par l'opposition sur fond de violences.
Mais cet accord a menacé de voler en éclats samedi, quand le chef de l'Etat a octroyé unilatéralement les principaux ministères du futur gouvernement d'union à son parti, provoquant la colère de l'opposition. Morgan Tsvangirai a même menacé dimanche de se retirer de l'entente si le régime maintenait cette décision.
Son parti, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), déplore notamment que M. Mugabe garde la main-mise sur l'appareil de sécurité, avec les ministères de la Défense et de l'Intérieur, en plus de ceux des Affaires étrangères et de l'Information.
Pourtant, le quotidien d'Etat The Herald, voix officielle du régime, insistait mercredi sur le fait que le président Mugabe n'avait pas besoin de l'accord de ses rivaux pour attribuer les portefeuilles.
"Le gouvernement est formé par le président", déclarait le journal. "Il le fait après consultation des autres leaders mais non en accord avec eux", assénait son éditorialiste.
Le régime maintient que seul le poste de ministre des Finances reste ouvert à la discussion.
Il s'agit d'un ministère critique au Zimbabwe, dont l'économie n'est plus que l'ombre d'elle-même. Une nouvelle équipe pourrait en effet amorcer un changement de politique économique et permettre le retour de l'aide internationale.
L'ancien grenier à céréales de la région assiste depuis des années à l'effondrement de son économie, qui se caractérise aujourd'hui par une hyperinflation inouïe à plus de 231 millions de pour cent, 80% de chômage et des millions de personnes menacées de famine.
Lors de la signature de l'accord, l'Union européenne avait indiqué qu'elle adopterait "un ensemble de mesures de soutien économique et d'appui à un gouvernement de transition" si celui-ci restaurait l'Etat de droit.
Mais lundi, l'UE a déploré l'attribution des ministères par M. Mugabe et menacé de renforcer ses sanctions contre le cercle au pouvoir. Mardi, les Etats-Unis ont accusé le chef de l'Etat d'avoir violé l'accord.
Les espoirs sont donc aujourd'hui dans les mains de Thabo Mbeki, mais les analystes craignent qu'il n'a plus le poids nécessaire pour peser sur Robert Mugabe, en raison de sa démission forcée de la présidence sud-africaine.
"L'accord était le faux début d'une nouvelle ère", a commenté Heidi Holland, auteur d'une biographie récente de Robert Mugabe - 84 ans, au pouvoir depuis l'indépendance du pays en 1980. "En fait Mugabe a ses propres objectifs (...) s'accrocher au pouvoir à tout prix et il continuera de faire ce qu'il veut", estime-t-elle.