Sommet de l'UA: le président zimbabwéen Mugabe avec ses pairs à Charm el-Cheikh
Le président zimbabwéen Robert Mugabe, dont la réélection est jugée illégitime par l'ONU, a été accueilli lundi par ses pairs africains à Charm el-Cheikh à l'ouverture du 11e sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union africaine (UA).
Alors que l'UA est pressée par l'ONU et les pays occidentaux de rejeter la réélection de M. Mugabe, le chef de l'Etat zimbabwéen a fait son entrée au milieu des autres présidents africains dans la salle du palais des congrès de la station balnéaire égyptienne où le sommet a ouvert ses travaux lundi matin.
"Ce sommet marque un tournant (...) Nous faisons face à divers défits qui requièrent que nous parlions d'une seule voix pour défendre les causes de l'Afrique", a déclaré le président égyptien Hosni Moubarak à l'ouverture de la réunion.
La question zimbabwéenne a empoisonné les travaux préparatoires du sommet, l'organisation panafricaine ne parvenant pas à un consensus sur le dossier, et particulièrement sur la validité du second tour de la présidentielle après le retrait de l'opposant Morgan Tsvangirai. Lundi, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a estimé que le résultat de l'élection "n'a pas reflété la réelle volonté du peuple zimbabwéen ni produit un résultat légitime".
M. Ban a "plusieurs fois répété que les conditions n'étaient pas en place pour une élection libre et équitable" au Zimbabwe, a indiqué une porte-parole du secrétaire général. Le secrétaire général a toutefois "encouragé les efforts des deux parties", à savoir MM. Mugabe et Tsvangirai, "à négocier une solution politique qui arrêterait la violence et l'intimidation". Le secrétaire général "soutient les efforts de l'Union africaine et de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) à promouvoir un accord acceptable pour le peuple du Zimbabwe", a ajouté la porte-parole, rappelant que le secrétaire général adjoint et envoyé spécial de l'ONU, Haile Menkerios, était au sommet de l'UA pour "aider de toute manière possible".
M. Mugabe a été déclaré vainqueur dimanche d'une élection présidentielle où il était seul en lice après le retrait de M. Tsvangirai, qui avait renoncé à sa participation pour dénoncer les violences du pouvoir au Zimbabwe contre l'opposition et les conditions malhonnêtes du scrutin.
Quelques heures après la cérémonie d'investiture, les observateurs de la SADC, représentant 14 pays d'Afrique australe, ont dénoncé un résultat qui "ne reflète pas la volonté du peuple", rompant avec l'habituelle mansuétude de la région à l'égard du plus vieux chef d'Etat d'Afrique.
Selon M. Tsvangirai, 200.000 personnes ont été déplacées, 10.000 blessées et 90 membres du parti d'opposition tués depuis une défaite du parti au pouvoir à des élections générales le 29 mars. De son côté, l'opposition zimbabwéenne a appelé lundi l'UA à nommer un envoyé permanent pour seconder les efforts de médiation du président sud-africain Thabo Mbeki.
"C'est un moment historique pour les dirigeants africains", a jugé George Sibotshiwe, un porte-parole du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), avant l'ouverture du sommet de l'UA. "Nous attendons simplement qu'ils reconnaissent que les élections du 27 juin étaient une imposture et qu'ils nomment un envoyé spécial pour assister le président Mbeki", a-t-il ajouté. Semblant peu pressés d'adopter des sanctions contre le chef de l'Etat zimbabwéen, les présidents africains paraissent vouloir privilégier une solution négociée.
Dimanche soir, le Conseil de paix et de sécurité - organe de l'UA chargé de la prévention et de la gestion des conflits - a discuté du dossier sans aucune déclaration publique. "Il faut aller vers des débats qui permettent de dégager des solutions, d'aider le Zimbabwe à se retrouver, à pouvoir faire entrer les forces politiques du pays dans un dialogue apaisé", avait commenté avant le début de la réunion le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré.
© 2008 AFP