Guinée-Bissau: Menaces contre le procureur général de la République/Actualité
Des menaces de mort par téléphone, un avertissement on ne peut plus clair, c'est celui qu'a reçu le procureur général de Guinée-Bissau. Luis Manuel Cabral dirige, entre autres, la commission nationale chargée de faire la lumière sur le double assassinat en mars dernier du président Vieira et du chef d'Etat major des forces armées Tagmé Na Waie. Ces menaces de mort ont contraint Luis Manuel Cabral à quitter son domicile. En conséquence de ces pressions, l’enquête sur la mort du chef de l’Etat peine à démarrer. L’avocat de la famille du président défunt demande une enquête sous le contrôle de la communauté internationale.
« Je reçois, ces derniers temps, beaucoup d'appels anonymes me menaçant de mort. Je ne sais pas de quel côté viennent ces appels », a déclaré le magistrat, ex-président de la Ligue bissau-guinéenne des droits de l'homme, devenu procureur général en avril 2008. « Je ne dis pas que ce sont les militaires qui me menacent, car eux aussi ont intérêt à ce que la situation soit calme. N'importe qui peut avoir mon contact téléphonique et appeler sous couvert de l'anonymat pour m'insulter ou me menacer directement de mort », a déclaré Luis Manuel Cabral sur les ondes de Radio Bombolon. « D'ailleurs, cela fait plusieurs jours que je ne passe pas la nuit à la maison », a-t-il ajouté.
Le procureur dirige la commission nationale chargée de faire la lumière sur le double assassinat, début mars du chef d’état-major des forces armées Batista Tagmé Na Waye et du président de la République João Bernardo « Nino » Vieira. A ce dossier s’ajoutent les enquêtes sur une présumée tentative de coup d’Etat, le 5 juin, dénoncée par l’armée. Des militaires avaient alors tué deux hommes politiques, accusés d’être les instigateurs de ce complot : Baciro Dabo, candidat à l’élection présidentielle, et Helder Proença ancien ministre de la Défense.
L’enquête sur l’assassinat du président Nino Vieira peine à démarrer, suite aux pressions dont le procureur général Luis Manuel Cabral déclare être victime. Lors d’un entretien à RFI, maître Boukounta Diallo, avocat de la famille du président défunt, a souligné que « le procureur général n’a pas, malheureusement, entendu les personnes susceptibles d’être entendues », notamment Madame Nino Vieira. Ce juriste a également fait état d’un rapport de cent pages redigé par les militaires, dont seulement dix pages ont été communiquées au procureur général. Il a également déclaré que seule une enquête sous le contrôle de la communauté internationale permettrait d'aboutir à « un procès digne de ce nom ».
En juillet 2008, le procureur général Luis Manuel Cabral avait déjà affirmé recevoir quotidiennement des menaces de mort et subir de « fortes pressions » pour l’empêcher de poursuivre les investigations sur le trafic de cocaïne dans le pays.
RFI