Mali: Le Régisseur de la prison de Ségou aux arrêts/Actualité Afrique
Rebondissement dans l’affaire Ismaïla Haïdara - Le Lieutenant Sékouba Doumbia, régisseur de la Maison d’arrêt et de Correction de Ségou a été placé en garde-à-vue hier, jeudi 16 juillet vers 13 heures à la Section recherche de la brigade d’investigation judiciaire de la gendarmerie du Camp I de Bamako sur ordre du procureur de la République près le tribunal de première instance de la Commune III du District de Bamako, Sombé Théra.
Comme un malheur ne vient jamais seul, ledit régisseur, le Lieutenant Sékou Doumbia a aussi reçu notification d’une mesure de suspension administrative le concernant. Cette mesure de suspension prise par le directeur national de l’administration pénitentiaire et de l’Education surveillée, Sanidié Touré intervient une semaine seulement après une lettre d’explication.
Comme on pouvait s’y attendre donc, les autorités judiciaires et pénitentiaires du pays ont décidé de sévir contre le régisseur de la Maison d’arrêt et de Correction de Ségou qui a osé libérer le détenu Ismaïla Haïdara sur la base d’un ordre de mise en liberté du procureur général près la Cour suprême du Mali.
Est-il nécessaire de rappeler en effet que lors de sa session du 27 mai 2009, la chambre criminelle de la section judiciaire de la Cour suprême du Mali a statué sur l’affaire BHM et a cassé sans renvoi les arrêts de la chambre d’accusation de la Cour d’appel de Bamako et de la Cour d’assises de Bamako en transport à Ségou, ayant condamné Mamadou Baba Diawara à la réclusion criminelle à perpétuité et Ismaïla Haïdara à quinze ans de réclusion criminelle en plus du remboursement du montant incriminé, des amendes et des dommages et intérêts.
A la suite de cette cassation, un ordre de mise en liberté du procureur général près la Cour Suprême, signé le 27 mai 2009 est parvenu au régisseur de la Maison d’arrêt et de Correction de Ségou lui instruisant «de mettre immédiatement en liberté, s’il n’est détenu pour autre cause, le nommé Ismaïla Haïdara, détenu suivant mandat de dépôt du 7 juin 2007, conformément aux dispositions de l’arrêt N°53 du 27 mai 2009 de la chambre criminelle de la Cour suprême».
C’est conformément à ces instructions écrites qu’il l’a mis en liberté délivrant une attestation de mise en liberté, comme on le fait à tout détenu libéré suivant une décision de justice. Mais le hic dans cette affaire de la BHM est qu’au même moment à Bamako, un pourvoi en révision formulé à l’initiative du ministre de la Justice, Garde des Sceaux contre l’arrêt N°53 du 27 mai de la chambre criminelle de la Cour suprême est venu tout remettre en cause. L’exécution dudit arrêt a été paralysée et Mamadou Baba Diawara n’a pu sortir de prison.
C’est pour masquer ce dysfonctionnement de l’appareil judiciaire que le bruit de l’évasion d’Ismaïla Haïdara a été distillé à dessein allant jusqu’à faire du régisseur de la Maison d’arrêt et de Correction de Ségou, le Lieutenant Sékouba Doumbia son complice.
De quoi accuse-t-on alors le régisseur de la prison de Ségou ?
De sources judiciaires, le Lieutenant Sékouba Doumbia aurait passé une heure de temps dans le bureau du procureur Sombé Théra. Et c’est après cet interrogatoire qu’il a été conduit directement au Camp I de la gendarmerie de Bamako. Qu’est-ce que les deux hommes se sont dits ? On ne saurait le dire. Mais certaines sources affirment qu’il aurait été inculpé pour «complicité de tentative d’évasion».
Cette accusation avait pourtant été battue en brèche par le Lieutenant Sékouba Doumbia lui-même le 27 juin 2009 qui, dans une sortie médiatique, avait clairement affirmé «il n’y a pas eu d’évasion encore moins de complicité d’évasion». En effet, selon lui «une évasion suppose une sortie irrégulière de la Maison d’arrêt. Pour le cas précis, on ne peut pas parler d’évasion car Ismaïla Haïdara a bel et bien fait l’objet d’une mise en liberté ordonnée par le procureur général, confirmée par une attestation de mise en liberté régulièrement délivrée par l’autorité compétente qu’est en la matière le chef d’établissement ou régisseur».
Voilà ce qui est bien dit et bien fait : Ismaïla Haïdara est aujourd’hui en liberté et bien loin du Mali. Mettre donc l’Interpol à ses trousses, c’est banaliser les arrêts de la Cour suprême. Ce n’est en effet ni le pourvoi en révision du ministre encore moins le rabat d’arrêt des avocats de la BHM qui peuvent empêcher l’exécution d’un arrêt de la Cour suprême. En conséquence, on peut affirmer sans risque de se tromper qu’Ismaïla Haïdara est légalement en liberté et Mamadou Baba Diawara illégalement détenu.
Toutes les autres victimes collatérales de l’affaire BHM/WAIC à savoir le procureur général et l’avocat général près la Cour suprême, tous deux révoqués et aujourd’hui le régisseur de la prison de Ségou suspendu de ses fonctions et mis aux arrêts depuis hier ne sont que des boucs émissaires.
Birama Fall
Le Républicain du 17 juillet 2009