Afrique du Sud: un Mozambicain brûlé vif par la foule dans un township
Un ressortissant mozambicain a été brûlé vif samedi par une foule dans un township de Pretoria, a indiqué un porte-parole de la police, un mois après une vague de violences xénophobes en Afrique du Sud.
"La victime, un homme de 30 ans de nationalité mozambicaine, a reçu des pierres avant d'être brûlé vif par des résidents du quartier de Brazzaville dans le township d'Atteridgeville à 13H30 (11H30 GMT)", a déclaré à l'AFP le capitaine Thomas Mufamadi. "Ils ont prétendu qu'il avait brûlé une masure la veille au soir et ils l'ont pourchassé", a-t-il ajouté.
En mai, l'Afrique du Sud a été secouée pendant 15 jours par des attaques anti-immigrés, qui ont fait 62 morts, des centaines de blessés et des dizaines de milliers de déplacés. Le capitaine Mufamadi s'est refusé à établir un lien entre l'attaque de samedi et cette vague de violences, assurant que les agresseurs étaient "des criminels". "Ils lui ont volé 2.000 rands (160 euros, 246 dollars) avant de le tuer", a-t-il souligné.
La foule "était très, très nombreuse", a-t-il dit, estimant qu'il y avait peut-être 300 personnes impliquées dans l'attaque. Mais le groupe s'est dispersé à l'arrivé de la police qui n'a pu arrêter que trois suspects. Une enquête a été ouverte pour meurtre et vol. Environ 43% des Sud-Africains vivent sous le seuil de pauvreté et au moins un tiers des adultes sont au chômage. L'arrivée de nombreux immigrés, attirés par la première puissance économique du continent, est une source de tensions.
En mai, les auteurs des violences xénophobes se sont justifiés en accusant les étrangers de leur voler leurs emplois ou de se livrer à des activités criminelles. Des bandes de Sud-Africains, armés de batons ou de machettes, s'étaient alors livrés à de véritables chasses à l'homme, allant de masure en masure pour chercher les immigrés, pillant et brûlant leurs affaires. L'image d'un homme en feu, pris en photo alors qu'il agonisait, avait choqué l'opinion. Des Sud-Africains s'étaient retrouvés prisonniers de ces violences.
Le gouvernement a annoncé cette semaine que 21 Sud-Africains figuraient parmi les victimes. Les autorités avaient tardé à réagir. Pendant les dix premiers jours, le président Thabo Mbeki s'était borné à publier un communiqué appelant à traiter les autres "citoyens d'Afrique avec respect et dignité". Ce n'est que la dernière semaine de mai qu'il a parlé d'"actes honteux", tandis que son gouvernement reconnaissait qu'il était urgent de lutter contre la pauvreté.
Environ 300.000 personnes, qui avaient fui leurs habitations au plus fort de la crise pour se réfugier dans des commissariats, des églises ou des centres communautaires, se trouvent toujours dans des campements provisoires.
TV5.org