Comores: l'île d'Anjouan vote sans engouement pour son nouveau président
Les Anjouanais ont voté dimanche pour élire leur nouveau président, une élection clef pour sortir de la crise cette île comorienne pauvre et dirigée d'une main de fer pendant sept ans par le colonel Mohamed Bacar, renversé lors d'une opération militaire en mars.
Près de 128.000 électeurs, sur une population de 250.000 personnes, sont appelés aux urnes dans 240 bureaux de vote répartis sur cette île montagneuse, la plus pauvre et la plus peuplée des îles de l'archipel des Comores (Grande-Comore, Mohéli, Anjouan).
Carte de l'archipel des Comores et de l'île d'Anjouan Cette élection est censée ouvrir une nouvelle ère politique et sociale à Anjouan, théâtre en mars d'une opération de l'armée comorienne soutenue par des troupes mandatées par l'Union africaine (UA), qui a conduit au renversement de M. Bacar. Ce scrutin est également un test pour faire rentrer définitivement Anjouan dans le giron des institutions de l'Union des Comores. En 1997, Anjouan avait en effet fait sécession.
Le colonel Bacar avait ensuite pris le pouvoir par un coup d'Etat en septembre 2001, puis avait été élu président en 2002. En décembre 2001, les trois îles avaient voté la création de l'Union des Comores, qu'Anjouan avait réintégré. Mais en juin 2007, la réélection de M. Bacar avait été jugée illégale par l'Union et l'UA, conduisant à son renversement militaire. Il est actuellement assigné à résidence dans une base militaire de l'île française de la Réunion.
Le vote, qui devait s'ouvrir à 07h00 locales (04h00 GMT), a commencé avec une heure de retard dans la capitale anjouanaise Mutsamudu et la deuxième ville de l'île Domoni, à cause d'un retard dans l'acheminement du matériel électoral. En fin de matinée, le vote se déroulait dans le calme mais sans engouement, l'affluence dans les bureaux de vote étant faible dans les villes de Mutsamudu, Ouani et Mirontsi, a constaté un correspondant de l'AFP. "Je confirme que le taux de participation sera faible", a déclaré à l'AFP Mhoussini Abdoulhad, coordinateur de l'Observatoire des élections pour Anjouan.
"Il ne faut pas oublier que la population d'Anjouan a été traumatisée par l'ancien pouvoir. On ne peut pas s'attendre à ce que le réveil se fasse automatiquement", a commenté à l'AFP le ministre comorien en charge des Elections, Mmadi Ali. Mais pour un commerçant de Ouani, les difficultés du quotidien de cette île déshéritée, aggravées par l'augmentation mondiale des prix alimentaires et du pétrole, ont pris le pas sur l'enjeu du scrutin. "Nous voulions le changement.
Mohamed Bacar n'est plus là, mais nous ne voyons pas venir le changement. A Anjouan, il n'y pas d'essence, ni de gazole, il n'y a pas de riz, pas d'électricité. Comment voulez-vous que les gens aillent voter?", s'exclame-t-il sous couvert d'anonymat. L'économie est exsangue, les pêcheurs ne vont plus en mer faute de carburant. "On a perdu espoir. Les leaders ne pensent qu'à eux.
On n'a pas de riz, pas d'essence, pas de poisson. Pourquoi voter dans ces conditions?", s'interroge Nassur Allaoui, diplômé dans l'enseignement et chômeur depuis 2 ans. Parmi les cinq candidats au scrutin - dont un éventuel deuxième tour est prévu le 29 juin -, Mohamed Djaanfari, 56 ans, homme d'affaires spécialisé dans le transport maritime, fait figure de favori. Candidat malheureux à la présidence de l'Union des Comores en mai 2006, il a été un farouche adversaire de M. Bacar.
Face à lui, Moussa Toybou, ingénieur des travaux publics peu connu sur la scène politique, détient également un sérieux atout grâce au soutien du président de l'Union, Ahmed Abdallah Sambi. Cette élection se déroule sous la supervision d'une mission de l'UA. Des soldats tanzaniens patrouillaient dimanche à Mutsamudu tandis que des soldats soudanais étaient postés dans d'autres régions.
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