Libye/Suisse: Kadhafi ferme le robinet du pétrole
Hannibal Kadhafiet son épouse ont maltraité deux domestiques à Genève. Tripoli a répliquéen arrêtant les livraisonsd'or noir à Berne. Inquiétant. Si le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi s'est assagi sur les fronts de l'activisme terroriste et de la prolifération des armes de destruction massive, il n'a rien perdu de son caractère fantasque.
Et inquiétant. Une crise diplomatique avec la Suisse provoquée par l'arrestation et l'inculpation la semaine dernière d'un des fils du leader libyen a connu, jeudi, un développement spectaculaire avec la suspension de la livraison du pétrole libyen à la Confédération.
Une réaction assurément disproportionnée. " Finie l'impunité des potentats ? ", titrait la semaine dernière le journal suisse "La Liberté de Fribourg", en se félicitant de l'action lancée par un juge contre Motassim Bilal Kadhafi, dit Hannibal, 32 ans, fils cadet de Mouammar, et contre son épouse, Aline. Des cas d'infractions non poursuivies de personnalités arabes ne sont pas rares en Suisse, qui accueille pas mal de ces détenteurs de grandes fortunes.
Infractions impunies parce que, la plupart du temps, ces prévenus bénéficient de l'immunité diplomatique. Ce n'est cependant pas le cas de M. Kadhafi et de son épouse. Le couple est arrivé le 5 juillet à l'hôtel Président Wilson de Genève, Aline Kadhafi, enceinte de 36 semaines, étant en passe d'accoucher. Quelques jours plus tard, des employés de cet établissement huppé s'alarmaient du traitement réservé par les Kadhafi à deux domestiques à leur service, une Tunisienne, embauchée depuis un mois, et un Marocain, employé depuis cinq ans. Craintes justifiées.
Le lundi 14 juillet, les deux serviteurs déposaient plainte. Le lendemain, la police faisait une descente dans l'hôtel; le juge retenait pendant deux nuits, mardi et mercredi, Hannibal Kadhafi à la prison du palais de justice de Genève, et l'inculpait, ainsi que son épouse, sous les préventions de "lésions corporelles simples, menaces et contraintes envers leurs domestiques".
Hannibal Kadhafi était libéré moyennant le payement d'une caution de 200 000 francs suisses; son épouse après le versement de 300 000 francs suisses. A la radio suisse romande, l'employée tunisienne a donné un aperçu de ses mauvais traitements : " Je devais travailler 22 heures de suite sans pouvoir aller aux toilettes, sans dire un mot . (M me Kadhafi) m'a tapée partout; elle m'a mal parlé ."
Libérés mais toujours inculpés, Hannibal et Aline Kadhafi ont quitté la Suisse. Ils sont censés rester à la disposition de la justice helvétique, sous peine de ne pas récupérer leurs cautions. Cela les retiendra-t-il de se dérober à leurs obligations ? Ce n'est pas sûr, vu l'escalade que l'affaire a provoquée dans les relations entre Berne et Tripoli. Jeudi, les menaces libyennes ont été mises à exécution.
Les compagnies nationales libyennes de transport maritime et des ports ont cessé les livraisons de pétrole à la Suisse. " C'est le minimum " que nous pouvions faire, a déclaré le directeur de la première à l'agence Associated Press. Toutes deux ont évoqué d'autres mesures de rétorsion si " la Suisse ne ferme pas dans les prochaines heures le dossier de l'affaire montée de toutes pièces ".
A Berne, on se garde de s'épancher en commentaires politiques. Et les spécialistes en énergie jugent que les besoins de la Confédération ne sont pas menacés. En revanche, dit-on, la filiale suisse de la société libyenne Tamoil, pourrait être pénalisée; elle exploite quelque 320 stations d'essence... Ce qui fait penser à certains que la véhémence libyenne va vite s'apaiser. A voir...
Gérald Papy la libre