"Titi", les deux syllabes les plus célèbres du football guinéen, doivent leur origine à une petite fille qui n'arrivait pas à prononcer "mon tout petit", le surnom que maman Camara avait donné à son frère Aboubacar. Depuis, Titi a bien grandi après un parcours qui l'a vu se former pratiquement tout seul au football au milieu du Massif central. Interne dans un collège d'Ambert, il entame des études pour devenir ingénieur informatique. Mais la passion du ballon rond prend rapidement le dessus et à 17 ans il répond favorablement aux sollicitations de Saint-Etienne. C'est le début d'une carrière de 16 ans durant lesquelles il connaîtra huit clubs avant de se retirer des terrains en juin 2006. 

Président de l'AS Kaloum Star, le club de ses débuts en Guinée, tout en dirigeant une entreprise de téléphonie, Camara avait jusqu'à présent un agenda chargé qui ne laissait que peu de temps pour d'autres occupations. Avant que sa bonne étoile ne s'en mêle... "Je n'ai jamais postulé, c'est le destin qui me rattrape," explique l'ancien capitaine du Syli lors d'une interview exclusive à FIFA.com. "Depuis ma retraite, dans ma tête, j'étais un homme d'affaires en étant PDG d'une entreprise et président d'un club. Mais quand la nation vous demande, impossible de dire non".

 
C'est un métier difficile. Quand tu es joueur, tu ne te rends pas compte de cette tension. Après le match contre l'Angola, j'ai pris des calmants !
Titi Camara, à propos des difficultés du métier d'entraîneur
 
 

 

Ancien attaquant réputé pour son exceptionnelle pointe de vitesse, qui a fait des merveilles notamment à Marseille et Liverpool, Camara n'a cependant aucune expérience d'entraîneur. Mais il aborde ce nouveau challenge sans crainte. "Ça se passe bien pour l'instant, même si je commence à peine à me rendre compte que c'est un métier difficile", reconnaît le successeur de Robert Nouzaret. "Quand tu es joueur, tu ne te rends pas compte de cette tension. Après le match contre l'Angola, j'ai pris des calmants ! (rires) L'approche des matches, les discours, les entraînements, les conseils aux joueurs, ce sont des choses nouvelles et pas faciles. Surtout qu'avec mon caractère, j'ai du mal à me contrôler..."

"Beaucoup à transmettre"
Pour résister à cette pression l'ancien Lensois a de sérieux atouts à faire valoir, acquis notamment lors de ses années sur le rectangle vert. "J'ai joué dans des grands clubs, donc forcément ça aide. En plus, je suis bien entouré avec deux assistants qui ont de l'expérience, c'est un excellent staff. Nous trouverons des solutions pour bien préparer les matches et placer les joueurs dans les meilleures conditions. Je connais les joueurs et j'ai beaucoup à transmettre, que ce soit sur ou en dehors du terrain".

Il est vrai que la sélection n'a plus beaucoup de secrets pour Camara. Entre 1992 et 2004, il a porté le maillot du Syli à 56 reprises, inscrivant 23 buts, dont trois lors de la CAN 2004. "L'objectif, c'est d'abord la CAN 2010", tempère le nouveau sélectionneur, conscient que la première place qualificative pour l'Afrique du Sud est pratiquement hors de portée. "Il a fallu dresser le bilan et avec quatre défaites et un nul sur les cinq derniers matches. C'est évident qu'il y a du travail. Les priorités sont défensives car on prend trop de buts."

L'instinct du buteur
Tout n'est pourtant pas à jeter dans une sélection réputée pour sa qualité technique, mais aussi son irrégularité, à l'image de son fer de lance Pascal Feindouno. "Je suis satisfait du 0:0 en Angola et des efforts défensifs fournis, notamment par Pascal, que l'on dit parfois dilettante dans ce domaine. On a déjà corrigé des choses. Maintenant, il faut aussi améliorer le secteur offensif, car on manque de maturité et d'instinct du buteur".

 
Je dois m'appuyer sur des joueurs prêts physiquement et mentalement car on n'a plus que quatre matches à jouer et 9 points à prendre. Il me faut des gars prêts pour le défi
Titi Camara, à propos de l'état d'esprit de la sélection guinéenne
 
 

 

Mais le temps presse, car la victoire sera impérative le 21 juin prochain à Conakry contre le Malawi, tant sur le plan comptable que pour redonner confiance à une équipe qui reste sur deux échecs au Burkina Faso (2:4) et à domicile face à la Côte d'Ivoire (1:2). "Je dois m'appuyer sur des joueurs prêts physiquement et mentalement car on n'a plus que quatre matches à jouer et 9 points à prendre. Il me faut des gars prêts pour le défi", analyse Camara qui espère déjà que sa rage de vaincre se transmettra à ses protégés. "Se qualifier pour une phase finale c'est bien, mais sur son potentiel et son effectif, la Guinée doit avoir plus d'ambition. Pour entrer dans l'histoire, il faut être dans les trois premiers de telles compétitions."

Un discours qui permettra à peut-être à "Titi" de faire depuis le banc ce qu'il a fait en tant que joueur : porter toute la Guinée à bout de bras.