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Cameroun: L’efficacité de la Banque mondiale mise en doute au Cameroun

by tjamack last modified 2008-07-18 12:20

La revue du portefeuille des projets de la Banque mondiale au Cameroun a été l’occasion, pour le ministre camerounais de l’Economie, d’émettre des critiques sévères sur les modes d’interventions de la Banque et la faiblesse de ses résultats.

Un mode d’intervention qui, selon le ministre, affecte l’essentiel des sommes allouées au paiement des consultants, souvent étrangers, plutôt qu’à la réalisation de projets concrets.

« L’examen du portefeuille des projets de la Banque mondiale au Cameroun montre que les objectifs de développement de la plupart des projets ne sont pas précis et clairs, de même que les indicateurs de performance. Les donnés de référence sont, soit incomplètes, soit inexistantes ». Venant d’une note de présentation de la revue du portefeuille des projets de la Banque mondiale au Cameroun, voilà qui augurait déjà de résultats mitigés sur le terrain.

« De l’examen de la situation du portefeuille des opérations financées par la Banque mondiale au Cameroun, il ressort que sur dix projets en cours d’exécution, pour une enveloppe de 169,92 milliards, le taux moyen de décaissement au 30 avril 2008 et de 41,52% », a observé le ministre camerounais de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Louis Paul Motaze.

Dans le détail, on constate ainsi que certains projets ont un taux de décaissement de 0% (facilitation transport et transit, développement urbain et eau), tandis que d’autres plafonnent à des taux de décaissement de 9% (sûreté, sécurité aérienne) ou 20% (programme d’appui au système éducatif).

Sur 12 projets, seuls trois dépassent un taux de décaissement de 50%. En conséquence de quoi, le jugement de la Banque mondiale sur la performance du portefeuille au Cameroun est dur.

Lourdeurs administratives

Si les responsables de la Banque mondiale mettent en cause les lourdeurs de l’administration dans la mise en œuvre des projets, cela n’empêche pas le gouvernement camerounais de remarquer que l’action de la Banque mondiale présente de nombreuses insuffisances, dont la moindre n’est pas la faiblesse du portefeuille par rapport à la taille de l’économie camerounaise, comme l’a fait remarquer Louis Paul Motaze : « Je me dois de dire avec franchise que le gouvernement reste principalement préoccupé par le double souci de densification du volume des projets et programmes de la Banque mondiale, et d’allocations plus importantes de ressources à notre pays. D’abord, le niveau actuel du portefeuille correspond-il véritablement à la dimension économique du pays, à son potentiel et à ses besoins réels ? Il ne me semble pas que ce soit le cas (…) Bien plus, par rapport au volume d’intervention de la Banque dans d’autres pays de niveau de développement comparable et même moindre, le portefeuille du Cameroun apparaît moins consistant », a-t-il expliqué.

Arguant de ce que l’amitié avec la Banque mondiale doit se nourrir de vérités, M. Motaze a poursuivi, émettant des doutes sur l’efficacité même de l’intervention de cette institution financière : « Les projets financés par la Banque mondiale contribuent-ils suffisamment au développement économique du pays ou, en d’autres termes, l’exécution de ces projets a-t-elle un impact significatif, un effet d’entraînement suffisant sur l’amélioration du taux de croissance économique du Cameroun ? Bref s’agit-il vraiment de projets suffisamment “développants” pour le Cameroun ? C’est-à-dire qui créent de la richesse, des emplois, et participent à la promotion du savoir-faire ? Car, en fait, la dimension du portefeuille, l’amélioration du taux de décaissement ne constituent pas une fin en soi. Ce sont certes des indicateurs, mais la performance de l’assistance de la Banque devrait davantage se mesurer en termes d’impact et d’effet d’entraînement réel sur les agrégats de l’économie nationale, en vue du bien-être des populations ».

Mesurer l’impact

Cette faiblesse de l’impact des projets de la Banque mondiale, a expliqué le ministre, est surtout liée au mode d’intervention, qui affecte l’essentiel des sommes allouées au paiement des consultants, souvent étrangers, plutôt qu’à la réalisation de projets concrets en faisant confiance à l’ingénierie locale : « Certains projets, malgré l’importance du volume de ressources qui leur sont affectées, se focalisent sur l’assistance technique qui parfois absorbe pratiquement 70 voire 80% desdites ressources finançant essentiellement des consultants, des études, etc. S’il est vrai que dans une certaine mesure l’assistance technique est nécessaire, elle ne doit cependant pas prendre le pas sur les réalisations concrètes, palpables, qui permettent de mettre en œuvre les ressources extérieures combinées au génie propre des Camerounais. Pour résumer, je dirai que les études, les consultants, c’est bien. Mais les réalisations concrètes ; routes, ponts, barrages et centrales électriques, etc., c’est encore mieux. Car ce sont ces réalisations qui peuvent contribuer de manière probante à un meilleur impact sur la qualité de vie, objectif ultime de toute politique de développement ».

Un discours qui, espère-t-on à Yaoundé, devrait pousser les institutions financières internationales à l’autoévaluation sur la base des attentes des populations, et éventuellement inspirer une refondation de relations entre ces institutions et les pays du Sud.

François Bambou © Copyright Les Afriques

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