Nigéria: Nouvelle attaque des rebelles du MEND contre un oléoduc de Shell
Le principal mouvement armé dans la zone pétrolière du Nigeria, le MEND, a affirmé lundi avoir attaqué un oléoduc de Shell, attaque confirmée par l'armée et plus tardivement par la compagnie qui a partiellement stoppé sa station de pompage.
la suite de cette nouvelle attaque, le prix du baril s'est apprécié de plus d'un dollar à Londres et New York, respectivement à 132,70 pour le Brent à Londres et 133,24 USD pour le West Texas Intermediate, avec livraison juillet.
Après avoir catégoriquement démenti toute attaque et surtout les morts de 11 soldats que le Mouvement d'émancipation du delta du Niger (MEND) affirme avoir tués, un porte-parole régional de l'armée a finalement admis qu'une explosion s'était produite sur une installation de Shell. "Les informations à notre disposition font état de l'explosion d'un oléoduc à la station de pompage d'Awoba" a indiqué le lieutenant-colonel Musa Sagir, disant "soupçonner" un acte délibéré. Dans un premier temps l'armée avait démenti toute attaque.
De son côté SPDC (Shell Petroleum Development Company) n'a pour sa part confirmé l'attaque qu'en milieu de journée. "Un survol a permis de constater que du pétrole s'était écoulé, et nous avons mobilisé des équipements pour stopper ces écoulements", précise le porte-parole. Shell précise qu'il a également "stoppé une partie de la production pour éviter la poursuite de ces écoulements", sans préciser le volume de perte de production. Dans la matinée, le MEND avait annoncé avoir tué onze soldats et saboté un oléoduc de Shell à la station d'Awoba dans l'Etat de Rivers, à environ 40 km au sud-ouest de Port Harcourt.
"Soutenus par des combattants lourdement armés, nos spécialistes en explosif ont saboté avec succès un tronçon important d'oléoduc de la station d'Awoba, du district de Degema", a assuré le MEND. "Quelques minutes plus tard, nos militants ont rencontré une vedette militaire qui a ouvert le feu. Nous avons tué les onze soldats de la patrouille et dynamité l'embarcation", a ajouté le mouvement. Ces derniers mois, Shell a été la cible de multiples attaques. Le 21 avril, la compagnie s'était déclarée en situation de "force majeure" pour avril et mai à son terminal de Bonny. La "force majeure", courante dans les milieux pétroliers permet à l'industriel de suspendre sans pénalités ses obligations contractuelles à la suite d'événements imprévus.
Shell avait déjà recouru à la "force majeure" le 7 février, toujours à Bonny, et à la mi-janvier au terminal de Forcados. Selon un spécialiste, l'Anglo-Néerlandais ne serait plus désormais que le second opérateur étranger en terme de production. A chaque attaque, le MEND précise qu'elle fait partie d'une "Opération Cyclone" destinée à "saboter les exportations de pétrole du Nigeria".
Cette fois-ci, il a "dédié" cette attaque "à l'administration du président Umaru Yar'adua qui, au bout d'un an, a échoué apporter la paix, la sécurité et la réconciliation dans le Delta du Niger". En arrivant au pouvoir le 29 mai 2007, M. Yar'adua avait fait du Delta du Niger - une région misérable malgré les milliards de pétrodollars qu'elle génère - une de ses principales priorités. Depuis deux ans le Nigeria, 8e exportateur mondial, perd un quart de sa production quotidienne (actuellement 2,1 millions de barils/jour) en raison de l'insécurité et des attaques.
Lors d'un entretien le 15 mai, le président nigérian a réaffirmé qu'un sommet sur le Delta du Niger aura lieu "au maximum dans huit semaines" pour pacifier cette région vitale: "avec tout ce que nous faisons, je pense que nous devrions en voir la fin dans les trois prochaines années". Le MEND affirme de son côté se battre au nom des populations locales pour obtenir une meilleure répartition des milliards de dollars issus du pétrole.
Par ailleurs, la compagnie pétrolière publique nigeriane NNPC a annoncé lundi avoir signé un accord d'un montant de 3,1 milliards de dollars (1,96 milliard d'euros) avec Shell Petroleum Development Compagny (SPDC) destiné à financer ses projets de coentreprise. "L'argent sera utilisé à financer leurs projets de coentreprise en amont", a précisé NNPC dans une déclaration.
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