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Tchad:Les ennuis continuent pour l'Eufor, contestée par le président tchadien

by tjamack last modified 2008-06-18 11:43

Les ennuis continuent pour l'opération Eufor au Tchad, dans laquelle certains Européens avaient hésité à s'engager parce qu'ils craignaient qu'elle ne soit utilisée comme bouclier par N'Djamena et qui se retrouve aujourd'hui accusée de complaisance à l'égard des rebelles.

Face aux critiques du président tchadien Idriss Deby Itno, qui a mis en cause lundi l'"utilité" de la force européenne (Eufor) et sa neutralité, le diplomate en chef de l'Union européenne, Javier Solana, a souligné mardi que "la mission de la Force n'a pas changé". Le président tchadien Idriss Déby à Dakar le 14 mars 2008.

Des soldats suédois sous l'égide de l'Eufor patrouillent dans N'Djamena, en mars 2008. "Ce mandat est strictement appliqué", a ajouté M. Solana en marge du salon international de la Défense Eurosatory à Villepinte, près de Paris.

"Je ne crois pas que ce soient des accusations", a poursuivi le Haut représentant de l'UE à propos des critiques de M. Deby, soulignant que le président tchadien "a fait des déclarations à un moment difficile", après l'offensive lancée le 11 juin par les rebelles dans l'est du pays. Mardi, le Tchad a affirmé avoir été attaqué par l'armée soudanaise à la frontière entre les deux pays.

Pour M. Solana, "la coopération" avec le chef de l'Etat tchadien est "profonde". "J'étais avec lui il y a une ou deux semaines, je continue à lui parler fréquemment", a-t-il indiqué. Pour les Européens, les accusations de complaisance sont d'autant plus surprenantes que les soldats irlandais de l'Eufor ont rempli leur mandat en tirant sur des rebelles afin de les dissuader de s'approcher du camp de Djabal, où vivent quelque 16.000 réfugiés soudanais du Darfour, près de Goz Beida (sud-est).

"L'Eufor fait un travail fantastique. Les populations qui ont été protégées sont très contentes", a assuré M. Solana. A propos des pillages et des destructions dont ont été victimes des ONG à Goz Beida, Javier Solana a indiqué que "ce n'est pas quelque chose qu'on peut reprocher à l'Eufor".

En février, Idriss Deby avait appelé au déploiement rapide de l'Eufor, après une offensive rebelle contre N'Djamena qui avait failli le renverser. Cette offensive avait été repoussée in extremis, avec l'aide indirecte des militaires français, qui avaient "sécurisé" l'aéroport de la capitale. La rébellion s'en était alors prise vivement à la France, dénonçant son "soutien sans faille" à Idriss Deby.

Selon un diplomate à Bruxelles, les critiques adressées à l'Eufor par le président tchadien pourraient s'expliquer par les récentes déclarations du ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner, qui a prévenu que la France n'interviendrait plus dans le conflit tchadien. La mauvaise humeur de N'Djamena est de nature à confirmer les appréhensions de ceux qui avaient dès le départ mis en garde l'Eufor contre le risque de se retrouver coincée entre les autorités et les rebelles tchadiens.

L'Eufor a entamé officiellement à la mi-mars un mandat d'un an pour veiller à la sécurité d'une mission de police de l'ONU, faciliter le travail des humanitaires et protéger les réfugiés du Darfour dans l'est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique, ainsi que les déplacés tchadiens et centrafricains, soit plus de 450.000 personnes.

L'opération, la plus importante jamais lancée en Afrique par l'UE avec le déploiement de quelque 3.500 soldats, avait été retardée de quatre mois par les hésitations des Européens conscients du danger de se retrouver pris entre deux feux, outre la difficulté des trouver les moyens logistiques nécessaires.

 L'absence notoire sur le terrain de l'Allemagne et du Royaume-Uni a contraint la France à jouer un rôle plus important qu'elle ne le souhaitait, en fournissant 2.100 des 3.500 soldats de l'Eufor. Le chef d'état-major des armées françaises, le général Jean-Louis Georgelin, a affirmé mardi que "l'affaire tchado-soudanaise" n'était "pas du ressort de l'Eufor".

Interrogé sur les mouvements de la guérilla dans l'est du Tchad, le général Georgelin s'est borné à indiquer sur LCI : "nous suivons en temps réel et en direct l'évolution des mouvements sur le territoire tchadien. Nous avons parfois des divergences d'appréciation et nous agissons naturellement en conséquence".

L'Eufor est "un geste fort de l'Union européenne" et sa "mission est d'assurer la sécurité des 500.000 déplacés et réfugiés" du Darfour, à la frontière soudano-tchadienne, a-t-il souligné. La force européenne "n'a pas pour mission de s'attaquer à la rébellion tchadienne", elle agit en "légitime défense", a-t-il encore affirmé. "L'affaire tchado-soudanaise n'est pas, en l'état actuel des choses, du ressort de l'Eufor".

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