Zimbabwe: l'opposition se retire de la course à la présidentielle
Le leader de l'opposition au Zimbabwe Morgan Tsvangirai a renoncé dimanche, face à une "orgie de violence", à affronter le chef de l'Etat sortant Robert Mugabe au second tour de la présidentielle, ouvrant la voie à une réélection automatique du plus vieux président d'Afrique.
De son côté, la Maison Blanche a appelé dimanche le gouvernement zimbabwéen "et ses voyous, à arrêter la violence maintenant", en défendant le principe d'élections "légitimes", dans un communiqué diffusé par un porte-parole, Carlton Carroll.
Le président zimbabwéen Robert Mugabe, le 20 juin 2008 à Bulawayo Arrivé en tête au premier tour le 29 mars, avec la majorité absolue selon son parti, Morgan Tsvangirai a fini par jeter l'éponge, acculé par l'intransigeance de l'ancien héros de l'indépendance, 84 ans, qui s'estime désormais investi d'un pouvoir de droit divin. "Nous cessons de participer à ce qui est une parodie de processus électoral, entachée de violence et illégitime", a déclaré le leader de l'opposition devant la presse à Harare à l'issue d'une réunion de la direction de son parti, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC).
Le MDC "ne peut pas demander aux électeurs de risquer leur vie en votant le 27 juin", a continué M. Tsvangirai, 56 ans. Le chef de l'Etat a "déclaré la guerre en affirmant que les balles de fusil prévalent sur les bulletins de vote". Depuis la défaite historique du régime le 29 mars, qui avait également vu le pouvoir perdre sa majorité de 28 ans à la Chambre des députés, les violences se sont déchaînées et l'opposition n'a pas pu mener campagne: meetings interdits, accès aux médias quasi-inexistant, arrestations...
La police affirme que les violences politiques sont à attribuer aux partisans de l'opposition. Mais selon des associations indépendantes et des organisations comme l'ONU, elles sont pour l'essentiel imputables aux fidèles du régime. "200.000 personnes ont été déplacées, plus de 86 partisans du MDC tués, plus de 20.000 maisons brûlées et plus de 10.000 personnes blessées dans une orgie de violence", a énoncé le leader de l'opposition.
"Compte tenu de ces circonstances, nous estimons impossible la tenue d'une élection crédible qui reflète la volonté du peuple", a-t-il poursuivi. Le président Mugabe, qui dirige le pays depuis l'indépendance de l'ex Rhodésie du sud britannique en 1980, a affirmé vendredi que "seul Dieu peut me retirer le pouvoir qu'il m'a donné". Les acquis de la lutte armée ne sauraient être remis en question par une élection, a-t-il vitupéré, menaçant de "reprendre les armes" avec le soutien des vétérans. "Jamais, au grand jamais, l'opposition ne dirigera le pays".
Le parti au pouvoir, l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF), a estimé qu'en se retirant, le MDC voulait éviter "l'humiliation d'une défaite". Après le scrutin du 29 mars, M. Tsvangirai était resté six semaines en exil volontaire, invoquant un complot d'assassinat le visant s'il retournait au Zimbabwe. Sa longue absence, alors que se multipliaient les violences, avait jeté une ombre sur sa crédibilité.
Lui-même arrêté et passé à tabac à plusieurs reprises en dix années d'opposition, M. Tsvangirai a une nouvelle fois mis en doute dimanche la portée de la médiation de l'Afrique du Sud, dont le président Thabo Mbeki a été chargé par ses pairs de l'Afrique australe de trouver une solution politique négociée.
"On ne peut pas dire que le président Mbeki va proposer (la formation) d'un gouvernement d'union lorsque cette (option) ne nous pas été soumise", a-t-il dit en référence à des informations parues dans la presse sud-africaine. Le leader de l'opposition a préféré appeler à l'intervention des Nations unies, de l'Union africaine et de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) pour mettre fin à ce qu'il a qualifié de "génocide".
La répression et les mesures d'intimidation ont inquiété les capitales occidentales et même certains anciens alliés de lutte du vieux chef d'Etat en Afrique australe, dont le président angolais Jose Eduardo Dos Santos, ont fini par sortir du silence. Vendredi, l'Union européenne avait menacé le régime de nouvelles sanctions. Le Conseil de sécurité des Nations unies doit discuter à nouveau lundi de la crise au Zimbabwe.
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